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Venezuela
March 28th, 2014

La corruption, un sujet tabou sur la toile vénézuélienne

Le blogueur vénézuélien Alek Boyd dénonce sur infodio.com de nombreuses affaires de corruption au Venezuela. Le 14 janvier, il met en ligne une plainte déposée par un ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela contre la firme vénézuélienne Derwick Associates. Celle-ci est accusée d’avoir soudoyé des officiels vénézuéliens pour obtenir des contrats dans l’ingénierie énergétique. Depuis, son blog est bloqué au Venezuela.

“La censure en ligne est un fait avéré, comme le prouvent les quelques 500 pages et sites web auxquels la plupart des internautes vénézuéliens n’ont pas accès actuellement”. C’est en ces termes que répondait Carlos Correa, le directeur de l’organisation non gouvernementale de défense du droit à l’information Espacio Público, le 17 mars sur radio Éxitos à la question “le gouvernement peut-il réellement censurer le contenu d’internet ?”

Au Venezuela, l’accès à internet est assuré par une poignée de fournisseurs : Cantv, Inter, Venezolana de Telecomunicación et Movilnet (filiale de Cantv spécialisée dans la téléphonie mobile). Nationalisé en 2007, Cantv est le principal FAI du pays, concentrant 80% des abonnements à internet. Son accès direct aux données fournies par le satellite national Simón Bolívar mis en orbite en 2008 sous la direction du ministère de la Science, des Technologies et de l’Innovation, en fait un outil privilégié du contrôle de l’information en ligne au service des autorités vénézuéliennes.

Ironie du calendrier, le 12 mars 2014, Journée mondiale contre la cyber-censure, la commission nationale de télécommunications (Conatel) a informé tous les FAI du pays qu’ils devraient désormais se soumettre aux ordres de blocage des pages web dont le contenu serait considéré contraire aux intérêts du gouvernement. La Conatel n’a fait que formaliser une pratique déjà appliquée précédemment. Les autorités vénézuéliennes n’hésitent pas à censurer les informations qui les dérangent. Le 13 novembre dernier, celles-ci avaient déjà émis un ordre de censure sur une cinquantaine de sites couvrant le thème des taux de change parallèles et de l’inflation galopante.

Alek Boyd, blogueur vénézuélien résidant à Londres, s’est fait une spécialité des affaires de corruption au Venezuela. Le 14 janvier 2014, il publie un article concernant la plainte déposée par l'ex-ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, Otto Reich, contre la société Derwick Associates. Cette dernière est accusée d'avoir soudoyé plusieurs officiels vénézuéliens afin de remporter des contrats publics dans le secteur de l'ingénierie énergétique. L’information, traitée sur les sites de plusieurs médias de notoriété internationale comme le Wall Street Journal et le Huffington Post, a valu au blog d’Alek Boyd de disparaître de la toile vénézuelienne. Peu après la publication de cet article, un premier fournisseur d'accès, Inter, au nombre des actionnaires duquel on compte la Derwick Associates, bloque l'accès à infodio.com. Les autres compagnies de télécommunication du pays (Movistar, Digitel, Suapercable ainsi que la compagnie d’Etat Cantv) ne tardent pas à l'imiter.

Alek Boyd poste ses articles, documents compromettants et opinions depuis le Royaume-Uni depuis 2002. Protégé par la distance qui le sépare de son pays d’origine, il fait néanmoins l’objet de menaces régulières dont la fréquence et la violence se sont accrues ces trois derniers mois avec les débuts du mouvement de révolte sociale qui agite le Venezuela depuis février 2014. Il publie en ligne des informations qui lui parviennent de blogueurs locaux trop inquiets pour prendre le risque de le faire eux-mêmes depuis le pays. Depuis le début des révélations sur les pratiques présumées de Derwick Associates, nombre de ces net-citoyens et journalistes ont reçu des lettres de la part des avocats de l’entreprise d’ingéniérie énergétique qui les sommaient de supprimer les articles traitant de l’affaire sur leurs sites respectifs en les accusant de diffamation contre leurs clients, propriétaires et actionnaires de l’entreprise. Alek Boyd, qui continue de mettre ne lumière cette affaire, n’a reçu pour sa part aucun courrier officiel de Derwick Associates ou de leurs avocats.

Reporters sans frontières reproduit ici l’intégralité de l’article d’Alek Boyd ainsi que la plainte déposée par l’ex-ambassadeur des Etas-Unis au Venezuela, Otto Reich, contre Derwick Associates.

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