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Syrie
May 12th, 2012

Si les deux journalistes turcs ont été libérés, plus de 37 journalistes et citoyens-journalistes syriens sont toujours derrière les barreaux
Reporters sans frontières est soulagée par l’annonce de la libération, ce 12 mai 2012, des deux journalistes turcs, Adem Özköse, correspondant pour le quotidien Milat et le magazine Gerçek Hayat, ainsi que le cameraman Hamit Coşkun, arrêtés il y a deux mois dans la région d’Idleb (Nord-ouest), proche de la frontière turque, alors qu’ils réalisaient un documentaire. D’après le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu, la République islamique d’Iran a servi de médiateur.

Enlevés par une milice progouvernementale, ils avaient ensuite été remis aux services de renseignements syriens. L’ONG islamiste turque IHH avait annoncé, le 5 mai dernier, avoir réussi à leur rendre visite à Damas, où les deux journalistes étaient détenus. Turgut Alp Boyraz, chef du service étranger à Milat, avait par ailleurs affirmé que ses collègues avaient pu téléphoner à leurs familles, le même jour, pour la première fois depuis leur enlèvement.

"Nous envoyons à la demande de notre Premier ministre un avion en Iran pour chercher nos journalistes", a déclaré le ministre des Affaires étrangères turc. Les journalistes devraient rentrer en Turquie ce soir ou demain dimanche, a indiqué l’agence de presse turque Anatolie.

“Si cette libération constitue un réel soulagement, il n’en demeure pas moins que plus de 37 journalistes et citoyens-journalistes syriens sont toujours incarcérés. Ne les oublions pas !” a déclaré Reporters sans frontières.

Comparution de membres du SCM devant la justice militaire : vrai procès et fausse justice

Deux jours seulement après la mascarade électorale, sept membres du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression et une visiteuse ont comparu devant un juge du parquet militaire de Damas.

“Qui peut croire en cette démocratie de façade quand le régime de Bachar Al-Assad continue à emprisonner et à juger journalistes et citoyens-journalistes ? Qui le régime veut-il tromper ?”, s’inquiète l’organisation, très préoccupée par le sort des professionnels de l’information et citoyens syriens arrêtés, incarcérés et torturés pour avoir voulu informer le reste du monde de ce qui se passe en Syrie.

Les sept membres et la visiteuse du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM) accusés de “possession de documents interdits en vue de leur distribution” ont comparu, le 9 mai 2012, devant un juge du parquet militaire de Damas. Yara Badr, Razan Ghazzawi, Mayada Khalil, Sana Zetani, Joan Farsso, Bassam Al-Ahmed, Ayham Ghazzoul et Hanadi Zahlout encourent jusqu’à cinq ans de prison, ainsi qu’une amende entre 500 et 5 000 livres syriennes (entre 6 et 60 euros environ), en vertu de l’article 148 (par. 2) du code pénal militaire.

La prochaine séance du procès est prévue pour le 29 mai prochain. Il est à noter que le juge en charge de l’affaire a demandé la comparution en tant que témoin de Mazen Darwish, président et fondateur du SCM, et dont Reporters sans frontières n’avait plus de nouvelles directes depuis son arrestation, avec les autres membres du centre, le 16 février dernier.

L’organisation est extrêmement inquiète quant au sort des quatre autres membres du SCM également arrêtés le 16 février, Hussein Gharir, Hani Zetani, Mansour Al-Omari, et Abdel Rahman Hamada, qui demeurent tous les quatre en détention incommunicado.

Nouvelle arrestation d’un journaliste

Le 3 mai 2012, Hassan Mohamed Mahmoud a été arrêté par les services de renseignements de l’Armée de l’air à son domicile de Salamieh, ville située entre Homs et Hama. Il a finalement été relâché, après une semaine de détention au secret, le 10 mai 2012.

Le journaliste et blogueur avait notamment publié des articles d’opinion dans le journal en ligne Syria-news.com, comme celui-ci, daté du 9 mars 2011, où il dénonce le recours aux théories du complot pour expliquer les mouvements des révoltes arabes. Né en 1967 et diplômé en économie, il a également participé a de nombreuses manifestations et militait pour que l’opposition demeure pacifique.

Incertitude sur une prochaine libération des deux journalistes turcs

L’ONG islamiste turque IHH a annoncé, le 5 mai dernier, avoir réussi à rendre visite aux deux journalistes turcs, Adem Özköse, correspondant pour Gerçek Hayat et le quotidien Milat, et le cameraman Hamit Coşkun, actuellement détenus à Damas. Un des dirigeants de l’ONG humanitaire a déclaré à l’Agence France-Presse, que “leur libération prendra du temps”, contredisant Turgut Alp Boyraz, journaliste à Milat, qui a dit espérer une libération dans les prochains jours. Ce dernier a affirmé, par ailleurs, que ses collègues ont pu téléphoner à leurs familles, le 5 mai 2012, pour la première fois depuis leur enlèvement.

Reporters sans frontières rappelle que les deux journalistes turcs sont détenus depuis deux mois, sans qu’aucun acte d’accusation n’ait été publiquement dressé à leur encontre. “Ils doivent être libérés sans délai”, a déclaré l’organisation.

Liste non-exhaustive de nombreux autres journalistes et net-citoyens détenus ou disparus en Syrie :

• La journaliste Mary Iskander Issa, arrêtée avec son mari, le médecin Joseph Nakhla, le 14 avril 2012, à Jermana, dans la banlieue de Damas. Les services de sécurité accusent son mari de soigner des “terroristes” à leur domicile.

• Le journaliste freelance Assem Hamsho, arrêté le 8 avril 2012 à Damas.

• Le citoyen-journaliste Mahmoud Ali Othman, arrêté le 28 mars 2012. Cette figure de la résistance syrienne était notamment un des responsables du Centre des medias de Baba Amr, quartier de Homs temporairement passé aux mains des insurgés. Le Centre avait été bombarbé le 22 février dernier, tuant deux journalistes et blessant plusieurs autres. Il est apparu, le 28 avril dernier, à la télévision syrienne, ses aveux forcés fallacieusement déguisés en interview dans une émission prétendant révéler les “secrets de Baba Amr”.

• L’activiste Noura Al-Jizawi, elle aussi arrêtée le 28 mars dernier, à Damas. Membre de la Commission générale de la révolution syrienne et de Flash News Network, elle collaborait au journal révolutionnaire syrien Hurriyat.

• Le blogueur Jamal Al-Omar, arrêté le 15 mars 2012 à la frontière syro-libanaise. Il aurait été récemment transféré à la prison de Deraa en vue de sa comparution devant un tribunal militaire.

• Le blogueur Jehad Jamal, arrêté aux côtés de Yara Michel Shammas, le 7 mars 2012 à Damas.

• Le blogueur Deyaa Labdalla, arrêté à Suweida, le 13 février 2012, pour avoir posté une lettre ouverte adressé au président.

• L’ingénieur Saïd Fahd Dairky, arrêté le 14 janvier 2012. Il travaillait pour la télévision nationale et avait diffusé des images montrant clairement qu’un rassemblement pro-régime avait beaucoup moins de participants que le chiffre annoncé par les médias officiels.

• Le journaliste Mohamed Omar Al-Khatib, arrêté le 8 janvier 2012 dans les environs de Damas, après avoir été blessé par balle. Il a travaillé pour les services économie et actualités locales du journal Al-Watan.

• Le journaliste palestinien Moheeb Al-Nawaty, porté disparu depuis le 5 janvier 2012, quelques jours après son arrivée à Damas.

• Le journaliste Alaa Khodr, arrêté le 18 novembre 2011 à Deir Ezzor. Il travaillait pour l’agence de presse officielle Sana avant d’être licencié pour avoir publiquement dénoncé les pratiques du régime à l’encontre des civils.

• Le blogueur Qais Abazli, arrêté le 18 novembre 2011 dans les environs de Jisr Al-Shoughour. Il a notamment crée le blog “les Syriens anti-corruption”.

• Le cyberactiviste Alaa Shueiti, arrêté le 15 octobre 2011, à Homs.

• Le journaliste et écrivain Shibal Ibrahim, arrêté le 22 septembre 2011 à Kamishli.

• Le réalisateur Bilal Ahmed Bilal, arrêté le 13 septembre 2011 à Moadamieh, dans les environs de Damas. Il travaillait pour la chaine d’information Falesteen Al-Yom.

• Le journaliste et écrivain Hussein Issou, arrêté le 3 septembre 2011 à Al-Hassakah. Sa famille reste sans nouvelle.

• Le journaliste spécialisé dans les questions économiques, Amer Abdel Salam, arrêté le 30 août 2011, au lendemain de la promulgation du nouveau code de la presse qui proscrit l’incarcération de journalistes. Son lieu de détention demeure inconnu.

• L’écrivain et blogueur Miral Biroreda, arrêté le 26 août 2011, à Al-Hassakah, lors d’une manifestations pacifique. D’après l’Organisation kurde pour la défence des droits de l’homme et des libertés publiques (DAD), l’activiste sera jugé le 15 mai 2012 pour sa participation aux manifestations et pour ses écrits sur la révolution syrienne.

• Le journaliste Abdelmajid Rashed Al-Rahmoun, arrêté le 23 août 2011, dans la province de Hama. Il travaillait pour le quotidien Al-Fidaa.

• Le citoyen-journaliste Tarek Saïd Balsha, arrêté le 19 août 2011, à Latakiya. D’après un prisonnier récemment libéré, il aurait été placé en cellule d’isolement fin avril 2012.

• L’ingénieur Mohamed Nihad Kurdiyya, arrêté le 17 août 2011, à Latakiya, alors qu’il allait être interviewé sur la chaine Al-Jazeera.

• Le reporter Adel Walid Kharsah, arrêté le 17 août 2011 à Deraa, où il enquêtait sur le mouvement de protestation.

• Le net-citoyen Abd Qabani, arrêté le 8 août 2011 dans la capitale.

• Le journaliste Abd Al-Majid Tamer, enlevé le 31 mai 2011 par les forces de sécurité à Kamishli. Il serait incarcéré à la prison d’Alep.

• Le blogueur Firaz Akram Mahmoud, arrêté arbitrairement dans un cybercafé de la ville de Homs, le 5 février 2011.

• Le blogueur Ahmed Ben Farhan Al-Alawi, arrêté par les services de sécurité, le 28 octobre 2010.

• Le blogueur Ahmed Ben Abdel Halim Aboush, détenu depuis le 20 juillet 2010. Ce dernier avait déjà été incarcéré pendant six ans jusqu’à sa libération sur pardon présidentiel le 2 novembre 2005.

• La blogueuse Tal Al-Mallouhi, détenue depuis décembre 2009. Le 14 février 2012, la jeune femme a été condamné à cinq ans de prison par la haute cour de sûreté de l’État, à Damas, pour “intelligence avec un pays étranger”.

Lire: http://fr.rsf.org/syrie-si-les-deux-journalistes-turcs-ont-12-05-2012,42607.html
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