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Bilan annuel 2011 de la liberté de la presse
December 20th, 2011

Pour la première fois, Reporters sans frontières a établi la liste des dix lieux les plus dangereux pour la presse. En 2011, dix villes, quartiers, places, provinces ou régions dans lesquels les journalistes et les net-citoyens ont été particulièrement exposés aux violences, dix lieux où la liberté d’informer a été bafouée.

2011 en chiffres :

• 66 journalistes tués (+ 16%)
• 1044  journalistes arrêtés
• 1959 journalistes agressés ou menacés (+43%)
• 499 médias censurés
• 71 journalistes enlevés
• 73 journalistes qui ont fui leur pays
• 5 net-citoyens tués
• 199 blogueurs et net-citoyens arrêtés (+31%)
• 62 blogueurs et net-citoyens agressés
• 68 pays concernés par une forme de censure du Net

Pour la première fois, Reporters sans frontières a établi la liste des dix lieux les plus dangereux pour la presse. En 2011, dix villes, quartiers, places, provinces ou régions dans lesquels les journalistes et les net-citoyens ont été particulièrement exposés aux violences, dix lieux où la liberté d’informer a été bafouée.
 
Plus généralement, le bilan est lourd pour la liberté de la presse en 2011. Le Printemps arabe a été au cœur de l’actualité. Sur un total de 66 journalistes tués depuis janvier 2011, 20 l’ont été au Moyen-Orient (soit un chiffre qui a doublé par rapport à 2010). Un nombre presque égal concerne l’Amérique latine, très exposée à la violence et à l’insécurité. Pour la deuxième année consécutive, le Pakistan se distingue en tant que pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes avec 10 tués, assassinés pour la plupart. La Chine, l’Iran et l’Erythrée restent les plus grandes prisons du monde pour la presse.
 
Le Printemps arabe et les mouvements de contestation qu’il a parfois inspirés dans d’autres parties du monde (Soudan, Azerbaïdjan) ainsi que les protestations populaires dans plusieurs pays comme la Grèce, le Bélarus, l’Ouganda, le Chili ou encore  les Etats-Unis (Occupy Wall Street), sont à l’origine de l’explosion spectaculaire du nombre d’arrestations et d’interpellations (1044 en 2011 contre 535 en 2010). Les entraves physiques au travail d’information (courtes privations de liberté, interpellations, convocations) ont été particulièrement nombreuses et rendent compte dans bien des cas des efforts déployés par les gouvernements pour étouffer l’information qui les fragilise.
 
L’augmentation de 43% des agressions contre les journalistes et de 31% des arrestations de net-citoyens - ces derniers en première ligne comme relais d’information et de mobilisation de la rue dans des pays soumis au black-out médiatique -  sont une autre tendance forte de l’année 2011, dans ce contexte riche en contestations populaires. Cinq net-citoyens ont été tués en 2011, dont trois pour le seul Mexique.
 
De la place Tahrir au Caire, à la ville de Khuzdar au Baloutchistan (Pakistan), de la ville de Mogadiscio aux zones métropolitaines des Philippines, l’année 2011, plus que jamais, illustre les risques d’exercer le métier de journaliste en période d’instabilité politique. Le danger était bel et bien dans la rue en 2011, souvent lors de manifestations qui donné lieu à des heurts violents avec les forces de l’ordre ou dégénéré en conflits. Les dix lieux répertoriés par Reporters sans frontières marquent des situations extrêmes dans la censure de la presse et dans les violences perpétrées contre ceux qui œuvrent à une information libre et indépendante.

(Classés par ordre alphabétique de pays)

Manama, au Bahreïn

Manama, la capitale du Bahreïn, a été le théâtre de manifestations pro-démocratiques d’où les journalistes étrangers ont été refoulés, où plusieurs ont été menacés voire agressés, comme leurs contacts locaux, afin de prévenir tout écho médiatique international. Les correspondants bahreinis, notamment les photographes, ont été jetés en prison, quelques heures ou plusieurs semaines. De nombreux procès ont été organisés devant des tribunaux militaires, avant que l'état d'urgence, imposé le 15 mars, ne soit levé. Après plusieurs mois de manifestations, l’ordre a été rétabli au prix d’une répression systématique. Un blogueur est toujours en prison, condamné par un tribunal d'exception, sans que son dossier n'ait été réexaminé devant une juridiction civile. Le Bahreïn est l’exemple d’une censure de l’information réussie avec la complicité de la communauté internationale, restée silencieuse. Un directeur de journal et un net-citoyen l’ont payé de leur vie.

Abidjan, en Côte d'Ivoire

Abobo, Adjamé, le Plateau, Koumassi, Cocody, Yopougon..., tous ces quartiers d'Abidjan ont été, à un moment ou à un autre du premier semestre 2011, des zones à très haut risque pour la presse. Les barrages, interpellations musclées et agressions de journalistes se sont multipliés, le siège de la télévision nationale RTI a été bombardé, un collaborateur des médias a été assassiné à coups de machette et de gourdin fin février, avant qu'un animateur de la radio de Yopougon soit exécuté par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), en mai. La crise postélectorale puis la guerre ouverte que se sont livrés les camps Gbagbo et Ouattara ont eu des conséquences dramatiques pour la sécurité des journalistes. Pendant la bataille d'Abidjan, début avril, tout déplacement d'un professionnel de l'information dans la capitale économique ivoirienne était devenu impossible.

Place Tahrir (Le Caire), en Egypte

Place emblématique du soulèvement arabe, la place Tahrir a accueilli à partir de fin janvier les manifestations démocratiques qui ont forcé Hosni Moubarak au départ, le 20 février 2011. Les médias du monde entier sont venus y couvrir les événements. La première semaine de février 2011 a vu une incroyable concentration de violences, marquées par des attaques systématiques contre les journalistes étrangers. Du 2 au 5 février une véritable campagne de haine a été lancée contre la presse internationale. Plus de 200 exactions ont été recensées. Les journalistes locaux ont également été visés. Six mois plus tard, scénario similaire lors de la répression de nouvelles manifestations pour demander le départ du Conseil suprême des forces armées (CSFA), du 19 au 28 novembre 2011, avant la tenue des élections parlementaires, puis pendant le week-end du 17-18 décembre. 

Misrata, en Libye

Fief des rebelles après la libération de Benghazi, point stratégique pour la prise de Tripoli, Misrata a été le théâtre de très durs combats entre les rebelles et l’armée régulière qui a assiégé la ville et l'a coupé du monde, et plus particulièrement la rue Tripoli où se sont concentrés l’essentiel des combats. La bataille de Misrata illustre les risques encourus par les journalistes sur les zones de conflit. Sur cinq journalistes tués en Libye en 2011, deux l’ont été dans cette ville, soumise à un blocus de l’information pendant de nombreuses semaines.

L'Etat de Veracruz, au Mexique

État du Golfe du Mexique et longtemps dominé par le cartel du même nom, l'État de Veracruz est à la croisée des commerces criminels, du narcotrafic à la contrebande d'essence. En 2011, il est devenu le nouvel épicentre de l'offensive fédérale contre les cartels et trois journalistes y ont été tués au cours de l'année. Une dizaine d'autres ont dû se résoudre à l'exil, face à l'inaction voire la complicité des autorités dans un contexte toujours plus alarmant pour la liberté d'informer.

Khuzdar, au Pakistan

Les nombreux assassinats et menaces à l'encontre des journalistes dans le district de Khuzdar, illustrent l'insécurité extrême qui règne dans tout le Baloutchistan. Les médias de cette province du sud-ouest du Pakistan, sont pris entre le feu des groupes armés séparatistes et celui des forces de sécurité. L'assassinat de Javed Naseer Rind, ancien secrétaire de rédaction du Daily Tawar, en est le dernier exemple. Le corps du journaliste a été retrouvé le 5 novembre 2011, près de trois mois après sa disparition. A la fin du mois de novembre, un groupe de militants Musallah Defa Army a publié une liste de noms (hit-list) de journalistes, annoncés comme leur prochaines cibles.

Les zones métropolitaines de Manille, Cebu et Cagayan de Oro sur les îles de Luçon  et Mindanao, aux Philippines

A elles seules, ces trois zones urbaines concentrent la majorité des meurtres et des violences à l'encontre des journalistes commis aux Philippines. Les groupes paramilitaires et les milices privées, figurant parmi les “prédateurs de la liberté de la presse en 2011”, en sont les auteurs. Le gouvernement, en place depuis juillet 2010, n’a toujours pas su  y répondre efficacement. En conséquence, ces groupes bénéficient d'une totale impunité, favorisée par la corruption, les liens qu'entretiennent certains hommes politiques avec des réseaux mafieux, et par une justice insuffisamment indépendante.

Mogadiscio, en Somalie

Mogadiscio est une capitale meurtrière. Qu'ils soient victimes d'attentats à la bombe, touchés par des balles perdues ou délibérément visés par des miliciens hostiles au travail des médias, les journalistes travaillent dans des conditions de sécurité effroyables. Malgré le retrait des insurgés islamistes d’Al-Shabaab, la persistance des combats rend la couverture de ce pays extrêmement périlleuse. Trois journalistes somaliens ont été tués, en août, octobre et décembre, à Mogadiscio. Un autre, de nationalité malaisienne, est mort après avoir reçu une balle dans les poumons alors qu'il suivait en voiture une organisation humanitaire dans une de ses missions.

Deraa, Homs et Damas, en Syrie

Deraa, Homs, épicentres de la contestation contre Bachar al-Assad soumis à un véritable blocus, tout comme Damas, ont été particulièrement dangereuses pour la presse en 2011. Le black-out médiatique imposé par la dictature est total. Expulsions des correspondants étrangers, refus de l'octroi de visas... Les rares images sur les manifestations pro-démocratiques qui ont débuté en mars 2011 ont été envoyées par de simples citoyens, au péril de leur vie. Arrestations éclairs, enlèvements, passages à tabac et tortures sont le lot quotidien des Syriens qui transmettent images et informations sur la répression. Les moukhabarat, services de renseignements, les shabihas, milices, et sa cyber-armée ont été le bras armé du régime pour repérer et réprimer les journalistes. Les agressions ont été quotidiennes. De nombreux blogueurs et journalistes ont fui le pays. Une trentaine de journalistes seraient encore en détention.

Place du Changement (Sanaa), au Yémen

C’est place du Changement, à Sanaa, qu’a pris la contestation contre le président Ali Abdallah Saleh. C'est sur cette place qu'une grande part des exactions contre les journalistes se sont produites. La couverture des rassemblements lors desquels les heurts avec les forces de sécurité ont été nombreux et sanglants, a posé de grands risques à la presse, directement visée par un pouvoir bien décidé à réprimer le mouvement en faveur de changements démocratiques et à museler l’information. Deux journalistes l’ont payé de leur vie. Les baltajiyas, milices du pouvoir, ont mené de véritables expéditions punitives. Attaques physiques, destructions de matériels, enlèvements, saisies et destructions de journaux, assauts contre des bureaux de médias illustrent une politique de violences systématiques contre les professionnels des médias.

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